Le séjour de Julien Van Inthoudt aux Gazelles vu par Kiangani

Lorsque les élèves de la classe ont écrit cette rédaction, je n’étais pas là. Même quand Julien nous a dit au revoir, je n’étais pas là non plus. C’est mon plus grand regret. Julien Van Inthoudt est un suisse – belge qui réside en France. Il n’a que vingt-trois ans et a déjà parcouru tous les continents de ce monde. Eh, j’oubliais de signaler aussi qu’il était mon professeur d’anglais.

Etant en partie suisse comme Mme Heidi Kabangu, Julien devient proche d’elle dès leur rencontre. Mme Heidi lui a parlé de ses cinq cents élèves qui s’instruisent dans son école, l’Institut Mboloko. Et puisque Julien rêve de devenir enseignant, il a accepté de venir voir ce petit monde qui est à Kinshasa.

La première fois que Julien est venu dans notre classe. Et lorsqu’il se présentait, c’est à peine qu’on entendait les mots. Et pour ne pas le vexer, je lui ai dit d’écrire son nom au tableau au lieu de le répéter parce qu’on n’entend presque pas cet accent à Kinshasa.

Un jour, Mme Muadi, la maîtresse d’anglais nous a dit d’entendre ce que Julien allait nous dire en anglais. A cet instant, il ne restait que dix minutes pour qu’on ne sonne la récréation. Alors, il nous a raconté son arrivée à Kinshasa. Lorsqu’il racontait, il était un peu drôle. Et d’abord, l’expérience qu’il avait vécue était si comique qu’on riait quand il parlait. Mme Muadi nous a averti à la fin, que dès la prochaine séance, ce serait lui Julien, en tant que stagiaire, qui allait nous enseigner.

La première leçon portait sur « Passive voice ». Nous l’avions déjà appris dans les classes antérieures, mais lorsque Julien nous l’a enseigné, il y avait une très grande différence. A chaque fois qu’il parlait, j’avais l’impression d’être devant mon DVD d’Hannah Montana que j’ai l’habitude de regarder en anglais. Son accent, ses gestes, … sont tellement identiques à ceux des acteurs que parfois, j’oubliais qu’on était en pleine leçon ; et je passais à des rêveries, me voyant parler un si bel anglais. Mais j’assistais et participais aussi au cours.

Je suis dans la troupe théâtrale et notre première représentation s’est faite à Lisanga. Nous étions partis avec le Préfet des études, Boyi Kizito, le metteur en scène, Me Mwambayi Kalengay, les acteurs et Julien. C’est là qu’il nous a parlé de lui, encore une fois de plus. J’étais surprise d’apprendre qu’il a tant voyagé, pourtant il n’a que vingt-trois ans. J’ignorais qu’il existait un Etat du nom de Sri-Lanka. Pendant qu’on ignore, d’autres apprennent beaucoup en voyageant. Je me suis dit qu’en R.D.C. les gens ne vivent pas.
La production s’est bien déroulée, les cours ont repris comme d’habitude après la remise des prix du Concours littéraire Heidi Kabangu. Dans ma classe, comme dans chaque classe, il n’y avait que quelques-uns qui avaient participé et l’on avait retenu trois gagnants pour chaque classe. Les trois gagnants de notre classe étaient Mulanga Kalaala Celia, Katompa Tshitenge Joshua et moi-même.

Parfois, Julien restait en classe lorsque le professeur d’économie politique ne venait pas, pris avec des travaux au bureau. Il discutait avec nous sans tabou. Un jour, il nous a dit que notre classe était une très bonne classe. Elle continent des personnes qui aiment travailler : nous étions la classe la plus appliquée. Il nous a même traités de matures grâce aux textes du concours Heidi. Il a dit que cela le rendait joyeux. Et je le comprends : il avait conquis nos cœurs.

M. Van Inthoudt n’était pas comme tous ces Blancs qui venaient voir l’école puis partaient sans même entrer en contact profond avec les élèves. Avec Julien, on riait, on partageait les idées, bonnes ou mauvaises, voire idiotes. Il était tout le temps présent. Il m’a vraiment éclairé qu’on peut avoir un monde sans racisme.

Comme Julien ne savait pas quand il nous reverra, on a décidé de lui réserver une surprise. Toute la classe a contribué avec 1’000 FC pour qu’on lui offre un pagne avec des motifs africains, comme design. Il nous a dit qu’il n’avait pas le droit de rencontrer les élèves en dehors des heures de cours mais qu’il voulait aussi passer une journée spéciale avec nous. Nous étions tristes parce qu’on craignait que la Direction ne permette une pareille rencontre. Mais le Préfet a accepté. Julien est venu en classe et nous avons établi ensemble la liste des activités à réaliser.

Puisqu’il devait prendre son vol le jeudi vingt-huit mai à quatre heures du matin, cette journée était prévue pour le samedi, vingt-trois mai. Nous nous sommes tous retrouvés chez Mme Kabangu à Limete, à quatorze heures et les activités avaient débuté à quinze heures.

Nous avons commencé avec la chasse au trésor. Mon équipe est la première à résoudre les énigmes ; alors Julien nous envoie dans la mauvaise direction pour retrouver le trésor. Quelques minutes plus tard, il nous avoir nous avoir trompé et nous devons suivre la direction de la Mecque. Nous avons dû réfléchir suffisamment mais un membre avait vite trouvé le trésor nous réservé. Nous étions encore premiers ! Oups !
Les trésors sont des bonbons. On en a mangé tellement qu’on devait arrêter. Juste après, on a joué au volley-ball. Ensuite, nous avons fait de la chaise dansante. Le temps est vite passé et il est dix-sept heures. J’aurais bien voulu jouer pour Julien du Mickael Jackson avec sa guitare. Mais sa corde sol était affreuse ! Je lui ai dit qu’il faut changer de corde. Sorry !

J’ai oublié mon activité préférée : le maquillage des garçons. J’avais apporté une vieille perruque de ma mère pour les garçons. Ils étaient tellement heureux et beaux – « belles », devrais-je dire. Le professeur Bertrand ressemblait à la personne qui avait gagné dans Eurovision l’an passé. C’était vraiment très drôle. Le lundi, on a parlé avec lui en le suppliant de revenir le mardi.

La journée passée chez Heidi était très courte. Lorsqu’on rentrait, j’ai un peu discuté avec Julien et il m’a dit que nous n’avons qu’une seule vie, il faut en profiter. Oui, il a vraiment raison. Tant qu’on est jeune, il faut profiter de sa vie. On s’est séparé à la septième Rue de Limete vers Yolo-Médical. Le lundi, il est venu en classe, pas pour nous enseigner mais pour nous connaître davantage. A tour de rôle, chacun s’est présenté et a présenté tout ce qu’il espère devenir.

Ce mardi-là, je n’étais pas à l’école. J’étais à l’hôpital. J’ai raté, manqué, perdu ce moment que j’attendais pourtant avec ferveur. Parce que j’aurais voulu voir sa réaction après avoir reçu le pagne. J’imagine qu’il avait été ému avec toutes ces surprises que nous lui avions réservées. Il l’a mérité, il est le meilleur stagiaire qu’on ait eu.

Mes moments préférés sont ceux-là : quand Julien nous racontait sa vie. Les souvenirs qu’il a du Rwanda sont si traumatisants pour un enfant. Je pense qu’il avait moins de quatre ans et les seules images qu’il a sont celles des murs blancs couverts de sang. Cela doit avoir été atroce et le voilà encore dans ce continent qui lui a montré du noir encore tout jeune. Cela montre qu’il est courageux. Qu’il n’a pas peur et qu’il ne faut pas dramatiser les choses.
Ce que j’aime en Julien, c’est sa façon d’être indépendant et sa façon d’aimer la nature. Il est allé en Australie avec l’équivalent de 1’000 $ pour vivre durant une année. Et au bout de quelques mois, il n’avait plus rien en poche. Les conditions dans lesquelles il a passé le restant de ses jours étaient horribles. Il n’avait pas voulu demander l’argent à ses parents et c’est cela une personne qui mérite d’être appelé indépendant. Il s’est exposé à tous ces dangers et a réussi à survivre.

Julien nous a dit qu’il habite en France. Moi, j’ai cru qu’il était dans une ville ou dans un lieu assez bruyant. Que non ! Il habite dans les Alpes. C’est intéressant parce que c’est calme et il fait très froid en altitude. C’est peut-être pour cela qu’il aime découvrir le monde.

Parfois M. Van Inthoudt venait nous donner les leçons avec une chemise seulement. Il ne mettait pas des t-shirts ou singlet en dessous de sa chemise. J’ai vite compris que c’est à cause de notre climat qui est très chaud.

Je vous avoue une chose, Julien me manque déjà. Son accent nous manque aussi. Nous voilà de retour en Anglais avec Mme Muadi qui n’arrête pas de crier sur nous. Et là tout le monde soupire en disant « Ah ! Julien ».

Il y a une chose que j’aimerais voir dans ce monde. C’est que l’enseignement dans les pays moins développés augmente de niveau. C’est le fossé que Julien veut remplir de sable. Ce n’est pas facile, mais il veut déjà faire le premier pas.

En gros, Julien Van Inthoudt est le meilleur inconnu blanc et premier suisse-belge que j’ai rencontré. Il m’a montré que peu importe la couleur que nous avons, nous sommes tous des êtres humains.

KIANGANI NDONGA Callystia,
4ème HP