Le séjour de Julien Van Inthoudt aux Gazelles vu par Katamba

A notre retour du stage pédagogique à l’école primaire Lisanga pour nous les élèves de la quatrième des humanités pédagogiques, le samedi 20 avril 2015, Madame Muadi nous a présenté un stagiaire, Julien Van Inthoudt. Il a vingt-trois ans et originaire de la Suisse, mais il vit en France. Il est venu aux Gazelles pour un stage en tant qu’enseignant.

Il est arrivé aux Gazelles, le mercredi 16 avril 2015, mais nous l’avons rencontré samedi 19 avril 2015. Quand il est venu se présenter, il nous a dit qu’il sera avec nous pendant un mois et qu’il aura aussi à nous dispenser le cours d’anglais.

Julien est mince de taille, il est grand et a des cheveux châtains courts. Il est gaucher et parle très vite. Parfois, l’on ne capte pas ce qu’il dit. Mais d’un côté pour une première impression, il nous a paru sympathique. La première chose que j’ai remarquée sur lui, c’est son pantalon qui n’était pas à la hanche mais sur les fesses. Je me suis d’abord dit que c’est sûrement le modèle de son pantalon.

Il faut dire que son arrivée n’a pas été un sujet de joie particulière pour moi : parce que le fait qu’il soit européen ne m’enchantait pas du tout. Ce n’est pas que je suis raciste, mais les « blancs » cela signifie trop peu pour moi ; ici, les gens sont tellement complexés face à un Européen, que moi, cela m’agace.

Ensuite, il a commencé à venir assister au cours d’anglais que donne Mme Muadi. Il s’asseyait au bureau du Professeur au fond de la classe. Il observait tout. Mais il n’intervenait pas. Dans ma classe, on lui a demandé dès le premier jour de nous parler de lui. Après que nous ayons donné nos impressions par rapport à notre stage, nous lui avons demandé de nous rapporter aussi ses premières aventures et impressions depuis qu’il est arrivé au Congo.

Alors, c’est à partir de ce moment que j’ai trouvé Julien vraiment curieux : il dit qu’il est monté dans un bus et qu’ils étaient tous serrés comme des sardines : il y avait vingt-sept passagers à bord du bus. Non ! Mais qui peut avoir l’idée de compter le nombre de passagers à bord d’un bus. Et pourquoi faire ?

La première leçon qu’il nous a donnée portait sur le « passive voice ». La leçon est facile puisque c’est une révision. Mais du moins, nous avons appris que le « by » à la fin de la phrase n’est pas important. Nous avons appris également que lorsque le sujet est, par exemple, nobody, no one, le verbe prend la forme négative.
Alors, en dehors des cours, je ne lui parlais pas encore. A mon sens, Julien ne cherchait pas à côtoyer les autres, c’est toujours les élèves qui vont vers lui. Je me souviens un jour, nous étions avec les élèves de la 6e Humanités pédagogiques. Nous étions en train de parler, il est arrivé et s’est assis à l’écart du groupe, sous le soleil. Et pourtant, nous étions à l’ombre. J’en ai parlé avec certains élèves de ma classe qui m’ont conseillé de l’approcher pour mieux le connaître.

Cela n’est pas évident puisque je suis très timide. Alors, un jour, avec ma petite sœur et une copine, nous sommes allées le voir. Nous avions une question à lui poser : est-ce qu’il a une petite amie ? Mais nous ne savions qui allait lui poser cette question. Nous sommes allés le trouver. Il était avec deux autres filles de ma classe. Nous leur avons expliqué notre préoccupation et elles ont ensuite posé la question à julien. Il a d’abord souri parce qu’il fait avouer que c’est bizarre et indiscret. Mais il nous a finalement répondu qu’il n’avait pas de petite amie. Parce que, dit-il, « les filles à qui je plais ne me plaisent pas. Celles qui me plaisent, je ne leur plais pas. ».

Comme c’était pendant la récréation, nous sommes restés avec lui. Il nous a alors parlé de ses voyages, découvertes et aventures. C’est une personne pleine de culture, qui a beaucoup appris grâce à ses nombreux voyages notamment en Jordanie, en Australie et même au Sri Lanka et aussi une personne qui partage ses connaissances grâce à son bon sens.

Quand j’ai appris qu’il ne croit pas en l’existence de Dieu. J’ai été déçue. Parce que chez moi et pour moi, la religion est une chose importante comme la famille. Mais j’ai eu à constater que Julien est tout d’abord une personne pleine de bonnes choses. Avec ou sans religion, il sait ce qui est conforme à la morale et ce qui ne l’est pas.

Et donc, après que nous ayons parlé avec lui, mon avis sur sa personne a changé. Comme on dit, les apparences sont souvent trompeuses. Je me suis trompée sur son compte. Nous devrions aller présenter un spectacle à l’école Lisanga, le vendredi 08 mai 2015. Mme Heidi ne pouvait pas venir voir le spectacle alors nous sommes allés avec le Préfet Boyi, le président du gouvernement des élèves et Julien.
Quand nous sommes arrivés, Julien nous a aidés à arranger la salle et les chaises pour le spectacle de la maternelle qui précédait le nôtre. Nous avons beaucoup rigolé, on le suppliait de ne pas nous prendre en photo parce que nos costumes étaient moches mais il ne voulait rien entendre à moins qu’on ne lui paye de l’argent. Nous l’avons taquiné quand un petit garçon lui a pris la main. Nous avons lancé des blagues sur le Préfet comme quoi, nous devrions être payés pour le théâtre présenté. Julien n’arrêtait pas de rigoler. Il s’était mis à notre place comme s’il était de notre âge au lieu de se comporter comme un professeur ou un adulte.
Quand nous avons fini, il nous a félicités parce que nous avons très bien joué. Il ne s’attendait pas à un tel résultat parce qu’il avait assisté une fois aux répétitions et c’était pathétique. Après la présentation, nous avons repris notre cours de vie. Mais lorsqu’il enseignait, je ne voulais pas de son cours. Pourtant, je me débrouille assez bien en anglais. J’étais comme intimidée. Par quoi ? Je ne sais pas. Pourtant, il a un sourire d’ange.

Au fil des jours, nous avons appris à le connaître un peu plus, où il a vécu, avec qui, pourquoi, comment, quand. Les petits détails de sa vie nous intéressaient. Nous avons constaté qu’il a connu beaucoup de chocs du haut de ses vingt-trois ans. Plusieurs fois, dit-il, il a mis sa vie en danger et il adore cela.

Le samedi de la remise des prix du concours littéraire Heidi Kabangu, je suis allée le voir pour comprendre pourquoi il ne montait jamais son pantalon à la hanche. C’est là que j’ai appris qu’il était dans l’armée et que c’est comme cela qu’il s’était toujours habillé. Mais cela n’était pas une raison valable pour moi.
Les jours ont passé et dès que nous avons une heure de libre, nous n’hésitions pas à l’inviter dans notre classe et le questionnions, il nous racontait des blagues, … Bref, on passait beaucoup de temps avec lui plus qu’avec toutes les autres classes.

Un jour, nous avons eu une leçon d’anglais très particulière avec lui. Nous devrions compléter les mots d’une chanson en anglais qu’il jouait sur son ordinateur. L’activité nous a permis d’exercer notre ouïe en anglais.
Comme son départ approchait, nous avons décidé de lui offrir un cadeau. Nous nous sommes cotisés pour lui acheter un pagne que ma mère devait confectionner. Mais lui aussi avait décidé d’organiser un après-midi à Limete, chez Mme Kabangu, uniquement avec la classe de 4e secondaire.

Nous y sommes allés et nous nous sommes bien amusés. Nous avons mangé ce que nous avions apporté comme nourriture et lui s’est occupé de la boisson. Nous avons ensuite joué à la chasse au trésor, au volley-ball, à action ou vérité, enfin, à la chaise musicale avant d’achever avec la séance de maquillage. Les filles ont maquillé certains garçons en filles dont lui-même Julien et nous avons pris des photos.
Le mardi 26 mai 2015, nous lui avons demandé de venir spécialement à 13 h 00 dans notre salle de classe pour lui dire au revoir. Il n’avait aucune idée de la surprise qui l’y attendait. Nous avons fait des blagues comme de coutume et il a rougi à force de rire.

Après le mot de deux élèves au nom de la classe, c’est Mme Muadi qui a remercié Julien pour sa présence parmi nous et lui a fait des remarques sur sa méthode d’enseigner. Elle lui a ensuite remis son cadeau : une chemise en pagne et un maillot de bain en pagne brodé. Mme Justine lui a aussi offert personnellement un cadeau semblable. Julien était tellement ému que sa voix tremblotait lorsqu’il a voulu parler. J’ai compris qu’il était vraiment content de tout ce qu’il a pu vivre ici au Congo. Certains élèves lui ont même fait signer leurs t-shirt avant de prendre les dernières photos avec lui. Nous l’avons raccompagné dans la grande cour de l’école et il n’arrêtait pas de nous dire à quel point nous allions lui manquer.

J’ai personnellement été parmi les grands bénéficiaires du séjour de Julien parce qu’il a été un grand frère pour moi. Il m’a permis de comprendre que chacun a du bon en lui. Je regrette de l’avoir jugé avant de le connaître. Parce que lui aussi a recherché à nous connaître : ce que nous aimons, ce que nous voudrons être dans le futur.

J’ai voulu lire l’un de ses textes parce qu’il m’avait dit qu’il écrivait aussi. Malheureusement, je n’ai pas pu. Nous avons une grande affinité avec lui parce qu’il a su être sympathique avec nous. Il est jeune et c’est plus facile de communiquer avec lui.

Je souhaite qu’il revienne le plus vite possible. Il a encore tant de choses à nous apprendre. Tu nous manques. Tu me manques Julien. Bonne chance pour la suite !

KATAMBA AWONGI Dorcas,
4ème HP